dimanche 27 avril 2014

Chez Guignol (Lyon-France)


C’est au XVIème siècle que s’installent à Lyon les premiers tisserands. La « Fabrique », qui désigne l’industrie de la soie lyonnaise connaît des hauts et des bas mais devient peu à  peu une activité centrale dans la vie économique de la ville. 
Au milieu du XVIIIème siècle, Lyon est la capitale mondiale de l’industrie soyeuse, et devient l’industrie exportatrice française la plus importante, enrichissant les marchands-fabricants et autres négociants-banquiers. Elle emploie une partie importante de la population locale. Les canuts (ouvriers tisseurs, chefs d'atelier ou compagnons qui travaillent à la Fabrique),  tantôt motivés par des revendications salariales tantôt par l’obtention de plus de droits relatifs à leur statut professionnel (notamment celui de  commercialiser directement leur production), ou plus ou moins manipulés par les républicains parisiens(1834), se révoltent à plusieurs reprises ; Ces rebellions se soldent par des bains de sang provoqués par les troupes envoyées par Paris pour réprimer les insurgés.
Si les protestations n’ont pas toujours été couronnées du succès escompté du point de vue de des revendications, ni n’ont empêché les « soyeux » de « s’en mettre plein les poches », elles ont ouvert la porte au mutualisme et au syndicalisme ainsi qu’à des formes nouvelles de pensées sociales.

C’est dans ce contexte, que Laurent Mourget (1769-1844), un canut victime de la “meurte”(ou morte saison : raréfaction de la demande en étoffes) s’oriente vers d’autres petits boulots. Il utilise, comme il était de coutume à l’époque, les marionnettes pour attirer le chaland et le distraire en improvisant des saynètes qui traitent de l’actualité ou des soucis des petites gens sur un ton humoristique. Mr Mourget exerce finalement le métier de marionnettiste à plein temps; Il crée tout d’abord le personnage de Gnafron(1804) puis Guignol, le porte-parole du petit peuple(1808). Il fait appel à d’autres professionnels pour multiplier les personnages et diversifier les thématiques de ses pièces. Certains de ses enfants rejoignent la troupe et son beau-fils reprendra finalement la direction de son théâtre. Son descendant, Jean-louis Mourget, ne pouvant plus lever les bras à cause de l’arthrose,  léguera sa collection de marionnettes au village de Brindas en 1990.

J’ai vécu plusieurs années autour de Lyon, mais c’est le week-end dernier que j’ai fait la connaissance de Guignol et de ses acolytes, par l’intermédiaire de la compagnie Daniel Streble, qui donne des représentations à la Croix Rousse dans la salle de la Ficelle. Nous avons choisi une pièce tout public, nommée « Guignol et le mystère de la tour des Agacins » ; Nous souhaitions faire découvrir la mascotte de Lyon à mon fils et à son ami. L (9 ans) a apprécié l’expérience et l’ami (10 ans)  a également passé un agréable moment. L’ambiance bonne enfant était suscitée par des acteurs qui multipliaient les interactions avec les spectateurs. Évidemment, le « parler Lyonnais » était au rendez-vous et je me suis aisément plongée dans la pièce et dans ce monde particulier du théâtre de marionnettes. J’adorerais assister à un spectacle de Guignol pour adulte ! Mon ami  Y. a été gêné par les voix de certaines marionnettistes qui ne collaient pas, selon lui, avec les personnages de petites filles.  

Si vous séjournez à Lyon, je vous recommande ce spectacle qui fait partie du folklore local au même titre que la « cervelle de canuts » et bien d’autres spécificités régionales. Le spectacle est donné dans une petite salle très conviviale, au cœur du quartier des canuts. L’accueil est chaleureux et après le spectacle nous pénétrons dans les coulisses pour admirer des marionnettes vieilles de 200 ans, qui n’ont pas pris une ride. Nous découvrons également le vrai visage de Mr Daniel Streble qui nous transmet sa passion pour le théâtre de Guignol dans un Français entrecoupé de vocabulaire patois et dans un flot de paroles qui coule à la vitesse de l’alcool dans un débit de boisson un jour de St Patrick. Il possède une réelle envie de transmettre et de partager sa vocation qui transforme ce passage en coulisses en dernier acte… et nous en repartons émerveillés, et avec l’envie d’en savoir plus sur l’épopée du fameux Guignol !


Belle journée à tous,

L&F

Croix-Rousse salle "La Ficelle",65 bd des Canuts-69004-Lyon
Théâtre: 04.72.32.11.55
Courriel: streble.guignol-un-gone-de-lyon@wanadoo.fr

Le programme et les informations sur la compagnie: ICI 


 Il y a toujours un "Moo" quelque part...

2 commentaires:

  1. J'ai eu la chance, il y a bien longtemps de faire un stage à Lyon qui a duré 3 semaines. Malgré que le ciel était lessivé de son bleu, j'ai adoré cette ville dont chaque rue est différente. D'un côté les bouquinistes et plus loin, la restauration et les lieux de loisir. Mon mari me rejoignait avec notre fille, le week-end. Mais trop petite, elle a eu peur lorsque nous l'amenâmes voir Guignol. Du coup, j'attends encore ce moment et je suis contente ce soir, de voir son histoire apparaître.
    J'ai visité, il y a deux ans, la maison de George Sand et elle avait une salle où elle donnait des spectacles avec des marionnettes. J'ai également au travers de cette visite, redécouvert les histoires de Georges Sand. C'est beau quelque soit l'âge.
    Bonne soirée à vous.

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  2. Bonjour Madame Des-Pas-Perdus!
    Ce théâtre de Guignol et son histoire m'ont vraiment passionné; effectivement un tout petit derrière nous avait un peu peur aussi. Luckas a sursauté quelques fois, mais c'était sans conséquences.
    J'ai par la même occasion révisé mes classiques...l'histoire des canuts et de cette ville que j'aime; Beaucoup de bouquinistes effectivement, des expos à gogo, une belle vie nocturne. Il y en a pour tous...
    Belle journée à toi.
    F

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