dimanche 3 août 2014

En attendant l'été...

Les ombres du métis, Sébastien Meier


Je sais, je sais... vous aviez décidé de passer une partie de vos vacances en Suisse, investi dans un fabuleux maillot de bain à paillettes pour devenir la sirène du Léman, dans des godillots pour  vous "la jouer" Heidi en baroudant dans les alpages... mais voilà que vous n'avez pas mis le nez dehors depuis 15 jours.
-Avant de crier à l'escroquerie, je vous invite à mettre les événements météorologiques en perspective. La Suisse ne compte plus sur les touristes européens, dont les poches sont vides, pour stimuler l’économie helvétique. Non, elle mise maintenant sur les populations moyen orientales qui lors de leurs séjours en profitent pour offrir un chalet au petit dernier qui vient juste de fêter ses 5 ans - Il faut bien marquer le coup, hein?! Alors pour les appâter, il est plus judicieux de miser sur la pluie et les orages, éminemment plus exotiques qu'un été banal et ensoleillé, ne pensez-vous pas? 
En attendant la fin de la crise, plutôt que de vous encombrer d'un parapluie et de tenter une excursion dans le centre historique sous des trombes d'eau, je vous invite à goûter à la littérature Suisse.
Je n'ai que très peu de connaissances des auteurs "Made in Switzerland" j'ai donc profité de ma virée à Lausanne (avec ma copine Valentine, indigène , qui m'a aimablement informé par téléphone, alors que je franchissais le rideau de pluie qui séparait Genève de Lausanne, qu'il faudrait éventuellement que je me munisse de bottes en caoutchouc) pour faire un saut à la librairie Payot. A la recherche d'un roman dont l'intrigue se déroule dans cette ville, je ressortais avec le dernier bouquin de Sébastien Meier, un jeune auteur Suisse Romand. La vendeuse qualifiait ce récit de plutôt "glauque". Je me suis aussitôt plongée dedans.
Un flic incarcéré essaie de "défricher" son histoire en la partageant avec un pasteur qui se laisse peu à peu envahir par ses émotions. Évidemment, ça ne nous aide pas à sortir la tête de la grisaille ambiante, ni des séries de désillusions que l'humanité s'inflige en ce moment. On imagine bien que l'ex-inspecteur n'a pas atterri en prison en évoluant dans le monde "layette" des Bisounourses. Prostitution, perversions et jeux d'influences sont au rendez-vous. Paul Bréguet pensait pouvoir faire face à cette première vraie enquête, il se mettait le doigt dans l’œil: De celui qui lui reste, j'aime le regard sensible qu'il porte sur son histoire et la manière dont l'auteur la reconstruit par l'intermédiaire de ses discussions avec le pasteur, pour nous mener à la chute, fatale. L’écriture est en adéquation avec les protagonistes, même s' il arrive que le rythme soit perturbé par des structures de phrases qui dépareillent avec le reste du bouquin.

Je ne suis pas une adepte des histoires sordides, mais ici, l'angle d'attaque et le style de narration qui ne se perd pas dans les détails, permettent d'éviter les haut-le-cœur. L'intrigue nous tient en haleine jusqu'à la dernière page. Ce ne sont pas ses premiers écrit, l'auteur est jeune et prometteur, attendons de voir ce qu'il produira par la suite!
Sur le site de l'association des jeunes auteurs Romands (ICI), Sébastien Meier signe lui-même son portrait :
"Né dans la fin des années 80, j’ai jamais pensé faire autre chose qu’écrivain. En fin de compte, j’ai fait plein de choses à part écrire. Tenter puis fuir le milieu universitaire. Déchirer des billets à l’entrée des salles du Théâtre de Vidy. Veiller la nuit dans un foyer au seuil de tolérance. Travailler dans une reliure. Lire. Lire. Puis écrire des pièces, l’air de rien. Et une nouvelle, puis un roman. Puis un autre, et encore un autre. Ecrire, tout le temps, contre tout, pour tout. Dire, exulter, prier, essayer. Puis fonder une maison d’édition qui s’appelle Paulette. Editer une quinzaine d’ouvrages d’auteurs foncièrement inconnus dont la plupart, d’ailleurs, le sont restés mais n’en ont cure. Fonder un collectif des arts de la scène (Collectif Fin de Moi). Diriger brièvement un journal plein d’ambition. Manger des pâtes. Calculer, compter les centimes. Voyager, partir loin en espérant que ce soit plus facile. Mais là-bas, encore, écrire. Ne rien faire d’autre comme une maladie qui fait de nous quelqu’un qu’il eut été plus facile de ne pas être. Donc revenir, plus fauché que jamais. Travailler dans un bar à servir des cadres encravattés férus d’immobilier. Continuer à compter les centimes.
Mais écrire, encore. Jusqu’au texte. Celui par lequel quelque chose peut commencer. L’envoyer à un éditeur et prier. Le texte est accepté. Désormais je peux dire : je suis écrivain. Exit le service dans les bars, les veilles de nuit, les billets déchirés. Je suis écrivain.
Et maintenant que je le suis, écrivain, je me dis qu’on s’en fout."

Bonne semaine.
F.


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