dimanche 1 mars 2015

Rencontre insolite autour de Clémentine (Genève)

Clémentine -- Rue du Bourg-de-four -- Genève



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A la suite d'un rendez-vous avec un client qui s'est trouvé décalé, je consacre quelques heures à flâner dans le centre historique de Genève. 

Je m'approche de cette discrète jeune fille qui été comme hiver, trône nue aux abords la place du Bourg-de-Four. Grâce à la plaque qui se trouve à ses pieds, j'apprends qu'elle se nomme Clémentine et qu'elle est l’œuvre du sculpteur Heinz Schwarz. Tout comme François Hollande, elle porte quelques traces qui témoignent de l’affection que lui portent les oiseaux. La demoiselle est de deux ans ma cadette mais possède un corps autrement bien conservé. J'observe la grâce de sa frêle constitution en cherchant le meilleur angle pour la photographier avec la ferme intention de retranscrire dans mon image son évidente vulnérabilité.

Un homme s'approche de moi et m'interroge sur ce qui me contrarie à propos de cette statue (Avais-je vraiment l’air contrarié ?).  Je lui rétorque que je cherche simplement à identifier le meilleur point de vue pour réaliser une photo qui rende justice à mon modèle. Cherchant manifestement à engager la conversation, il me demande si j'utilise le correcteur d'exposition de mon appareil photographique. Faisant preuve d'une assurance exceptionnelle, je lui confirme être calée sur -0,7, valeur qui me semble adaptée à la lumière ambiante. Sceptique, il me suggère de positionner le curseur sur -1, voir -1,7 et me prie de lui montrer mes images. J’obtempère sans discuter, tandis que ma confiance en moi dégringole de manière significative. A la vue des photos, il me jette le regard dubitatif que j’avais anticipé puis recule subitement d'un pas en ouvrant simultanément en grand un pan de son imperméable. Sous l’effet de son geste singulier, je me pétrifie à l'exemple de la statue avoisinante. L'homme balaie les alentours d’un regard embarrassé et me fait de nouveau face. Perplexe, je l'examine de haut en bas afin de déterminer ce qu'il souhaitait dévoiler dans un subtil effet de surprise...Mes yeux se posent enfin sur un appareil photo équipé d'un téléobjectif surdimensionné reposant sur son bas-ventre !
Rassemblant mes esprits, je tente de reprendre la discussion le plus naturellement du monde avec un perspicace «Oh, vous êtes photographe? » -Il me répond d'un signe de tête affirmatif et après avoir laborieusement dégluti, il m'explique qu'il est spécialisé dans la photo de rue. En regardant son Canon EOS 5D Mark III, il me m'indique que je suis déjà "dans la boîte" et qu'avec un peu de chance (pour lui ou pour moi, ça je ne sais pas), j'apparaîtrais sur son site dans la soirée. Il me tend sa carte de visite et se dématérialise instantanément.

Curieuse de voir l'image en question, je visite son site internet dès mon retour à la maison ; A ma grande déception, il n'y a pas trace de mon humble personne ni dans la section "nouveautés du mois", ni dans une autre. J’en déduis qu’il n’a pas utilisé convenablement le correcteur d’exposition où qu’il a été effrayé à l'idée que je porte plainte pour exhibition de matériel japonais.

Afin d’en apprendre un peu plus sur la fameuse Clémentine autour de laquelle s'est faite cette curieuse rencontre, je poursuis mes investigations sur la toile. Plus qu'une œuvre d'art qui dépeint la fragilité de l'adolescence, elle est devenue un symbole à la suite d’un triste événement qui remonte aux années 1980 : Yolande, qui ne trouve pas d’échappatoire à sa condition de prostituée se donne la mort dans son appartement situé place du Bourg-de-four. La police, pourtant alertée à maintes reprises par une proche de la victime qui s’inquiète du sort de la jeune fille, ne réagit pas. Ce n'est qu’un mois plus tard, à la suite d'une nouvelle sollicitation que la police force la porte de son appartement et découvre la tragédie.
Geneviève Piret, qui est à l'origine d'une fondation pour la protection des enfants dépose au pied de la statue les fleurs collectées lors de l'enterrement de la jeune prostituée. Cette réaction spontanée est condamnée par les autorités locales qui cèdent finalement sous la pression des associations de quartier. Clémentine est aujourd’hui une messagère qui perpétue l'idée de solidarité à l’égard des plus précaires et les habitants du Bourg-de-four lui glissent quelques fois une fleur dans la main.

Belle journée à tous,
F



Bien à propos, Sarclo, un auteur-compositeur-interprète suisse romand, que je viens de découvrir en visitant les archives phonographiques suisses à la maison Tavel. Il vaut son pesant de cacahuètes. ÉCOUTEZ !

4 commentaires:

  1. Tu aurais dû mettre" rencontre insolite" au pluriel! Il s'en passe des choses à Bourg-de-four :-)
    Je suis très touchée par ta statue d'une part (elle me fait penser dans sa morphologie aux jeunes ados peintes par Balthus) et par l'histoire malheureusement triste de Yolande! Mais au fait, qui était cette fameuse Clémentine, messagère des âmes blessées?
    Quand aux chiures de pigeons, pauvre François!!!! J'espère pour lui que ce ne sont pas les seules marques d'affection qui nourrissent sa vie. Mdr....
    Bises de Valentine

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    1. Le sculpteur a produit plusieurs sculptures qui évoquent la fragilité de l'adolescence et je vais aller voir les autres qui sont aussi à Genf.Pour l'instant je n'arrive pas à trouver qui est vraiment cette Clémentine, donc cela laisse supposer qu'elle est issue de son imagination.
      A propos de F.Hollande, j'adore tes mots...mais ne saurais répondre...j'ai tout de même ouïe dire qu'il serait en concubinage (oh my god!), avec l'*actrice de son cœur (*Source: Gossip girls)

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  2. Ah oui, une vraie découverte le Sarclo! Un Suisse romand qui ne mâche pas ses mots, ça mérite d'être souligné! Un petit côté Arno et ni dieu ni maître....ça fait du bien :-)
    merci pour la découverte à pas piquer des vers.
    Valentine
    Blogspot a inventé un nouveau code pour prouver qu'on est pas un robot un poil compliqué Juste pour faire chier le monde (Sarclo a déteint sur moi!)

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    1. Oui, il est top le Sarclo...et je regarde cette histoire de code qui "fait chier" mes visiteurs!
      Un stage à Guantánamo ou en suisse allemande (cf. Sarclo, chers visiteurs Schweizerdeutsch ne le prenez pas mal, je vous aime), pour les odieux inventeurs de codes loufoques qui effectivement nous font régulièrement chi**....

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